Horloge biologique – conservation d’ovocytes

TIC… TAC…

Je me réveille un matin, post-deuil de rupture, je me dis que le plus dur c’est de se remettre de la vie de famille qu’on projetait.
J’ai 35 ans et je ne peux enlever ce tic-tac dérangeant de mes oreilles.
Puis j’apprends qu’en France la conservation/congélation d’ovocytes est prise en charge par la Sécurité sociale à 100 % entre 29 et 37 ans.


Sans hésiter je fonce, je me renseigne, je prends rendez-vous et je décide de lancer la machine.


1ʳᵉ étape à affronter : l’échographie de comptage des follicules… J’avais tellement entendu que les ovocytes sont en chute libre après 30 ans, voire de moins bonne qualité, que je craignais qu’avant même de commencer, ce ne soit pas possible.
Finalement, beaucoup de stress pour un résultat relativement positif. J’ai une quantité de follicules encourageante, et on me dit même qu’il suffira probablement d’une seule ponction pour avoir le total recommandé.


J’ai donc rendez-vous avec le médecin en charge à l’hôpital de Nîmes pour analyser mes 1ʳᵉˢ prises de sang et échographies, puis avec la sage-femme qui m’explique la procédure. On me donne un document de demande d’ALD (Affection de Longue Durée) que je transmets à la Sécurité sociale et j’attends donc un document qui permettra de commencer la procédure.


Des documents arrivent et l’hôpital de Nîmes me dit que la page de protocole n’en fait pas partie et que sans cette partie là, ils ne pourront pas me donner de rendez-vous pour les prochaines étapes.


J’ai donc insisté auprès de la CPAM à plusieurs reprises, bien sûr chacun renvoie à l’autre le problème, pour finalement avoir un médecin compatissant à la CPAM qui m’envoie le document en question, qui apparemment ne serait plus nécessaire à présent. Il s’agissait de la 3ᵉ page du protocole que j’avais déposée et qu’ils ont signée. Aujourd’hui, pour la majorité des protocoles, ce système est dématérialisé et tous les documents sont renvoyés directement aux médecins. Pour moi, pas de chance… ça m’arrive trop souvent pour que ça me surprenne.
Anecdote : j’ai rencontré une femme qui avait ce problème lors d’une prise de sang, elle avait quelques difficultés avec la langue française, on imagine la complexité, pour elle de gérer ces situations.


Bref c’est bon, c’est validé.


Rendez-vous avec un anesthésiste pour le jour de la ponction (ce rendez-vous est valable 1 an).
On m’appelle, on m’explique : J 25 … J 16…
Je dois prendre des cachets puis faire des injections en fonction de mon cycle et quand on me parle de J 25, mon cerveau atrophié par les chiffres a besoin de temps pour comprendre qu’on parle du nombre de jours depuis le 1er jour de règles. Important : suivez vos dates de règles et cycles menstruels, ça vous sera très utile. Vous avez des applications pour ça.


Je pars en vacances en Italie, entre farniente et rencontres inoubliables, on m’appelle pour me dire que tout va commencer et fixer les dates.


On me dit quand je dois prendre le PROVAMES (pour ma 1ʳᵉ procédure) ou la pilule en continu (pour ma 2ᵉ procédure).
Pour la 1ʳᵉ échographie avec recomptage de follicules et la prise de sang, on me demande de le faire sur place à Nîmes, c’est assez loin de chez moi et il faut y être tôt le matin donc réveil compliqué, puis là j’arrive dans une pièce où je ressens beaucoup d’émotions à la fois. Le stress, le chagrin, l’empathie de ces femmes qui m’entourent, qui traversent pour la plupart des problèmes d’infertilité, et de la colère, de n’être qu’un numéro dans cette organisation assez discutable.

Je déplore ne pas avoir eu plus de temps pour me rassurer et poser mes questions, pour laisser au plus vite la place à la personne suivante. Et en même temps je suis pleinement consciente que les médecins tentent de répondre aux besoins d’un maximum de femmes et familles avec un moindre délai d’attente donc ils font de leur mieux avec leurs moyens.

N’empêche que la 1ʳᵉ fois, ça fait bizarre. On doit retenir derrière quelle personne passer, puis on entend « à la suivante »… …Khadidja enchantée.


Par la suite, je fais le choix de faire le suivi à Avignon, ma ville. Moins loin et une organisation plus soignée, avec des médecins qui nous appellent à notre tour, par notre nom.
Ensuite, on me dit quand commencer les injections.
Je fais le choix de les faire moi-même, sans infirmière. Je regrette un peu cette décision. Une part de moi ne voulait pas déranger et en même temps, j’avais tellement de questions. J’étais seule pendant toutes mes premières injections et le geste en lui-même remue pas mal les émotions… Il nous revient ce qu’on fait et pourquoi on le fait, comment on en est arrivé là.
J’ai trouvé que les explications des tutoriels étaient très claires et que l’injection n’était pas si complexe à faire soi-même. 6 jours après la 1ʳᵉ injection, on me demande de faire une prise de sang et une échographie et on me dit que les hormones ont bien pris et qu’on peut programmer la ponction et l’injection de déclenchement, qui se fait l’avant-veille au soir (jour de mon anniversaire pour la 1ʳᵉ ponction. Quel beau cadeau. J’annule mes plans et je reste tranquille à la maison).

Matin de la ponction : un peu de stress, ce n’est jamais plaisant de passer au bloc, mais j’ai eu la chance d’être accompagnée d’une équipe médicale super bienveillante.
Au bloc, on me met un souffle chaud près de moi pour me réchauffer et je me sentais vraiment bien et détendue, j’aurais pu m’endormir avant même l’anesthésie. Il s’agissait d’une anesthésie locale avec sédation, je ne me suis rendu compte de rien puis je me réveille en salle de réveil. Tout s’est bien passé, une légère douleur dans le ventre, ça tire un peu mais c’est relativement supportable (disclaimer : je supporte des douleurs de règles depuis mes 11 ans donc mon échelle de douleur n’est pas celle d’une autre).
Petite chute de tension avant de manger.
Toujours à jeun, j’ai dû attendre un peu plus longtemps que prévu mon repas car je ne mange pas de gluten et qu’il fallait trouver pour moi une option sans gluten.


À la sortie, je vais au bureau du service d’AMP pour la remise du résultat.


1ʳᵉ ponction : 17 ovocytes prélevés dont 10 matures.
Même si les médecins étaient optimistes sur le fait qu’une seule ponction suffirait, ils m’encouragent à en faire une seconde. Le total idéal se situant entre 15 et 20 ovocytes prélevés.


À ce moment-là, j’hésite beaucoup, même si tout était supportable, ça restait contraignant. Nous sommes en novembre et on me propose juin prochain.
Après mûre réflexion, je me dis que je n’ai pas fait tout ça pour rien, il faut que je mette toutes les chances de mon côté et que je pense à toutes ces femmes qui passent par là un nombre de fois incalculable. Aussi, mes ovocytes serviront peut-être de dons pour des familles qui rêvent de parentalité.
Donc rebelote en juin avec quelques changements, tel que le passage à la pilule en continu.


Résultat de la 2ᵉ ponction : 12 ovocytes prélevés pour 11 matures. Je repars donc avec au total 21 ovocytes au congélo, un très beau résultat. Je m’estime vraiment très chanceuse.


La convalescence : les jours qui suivent la ponction étaient un peu difficiles pour ma part… Des douleurs et des règles qui sont déréglées et arrivent plus tôt que prévu. Douleurs de règles décuplées post-ponction, je voulais aller à l’hôpital, tellement je ne supportais plus la douleur. Puis finalement, comme toujours, ça passe. C’est dur mais on résiste.

Un grand bravo à toutes les femmes, leurs forces me fascinent et m’inspirent.

Pour plus d’infos, rendez-vous sur l’épisode 9 de mon podcast : Et nous alors ? Où mon amie Marion partage aussi son expérience.

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